En Suisse, comme dans tous les pays développés, le problème fondamental du coût de la médecine (improprement appelé « coût de la santé »), c’est le développement sans limites de la technologie médicale : dans le but (à première vue louable) de faire bénéficier chacun des meilleures méthodes disponibles ; avec son corollaire (à première vue souhaitable) d’augmenter l’espérance de vie. Résultat de cette irrésistible et incontrôlable avancée des développements techniques : le coût de la médecine augmente plus rapidement que les revenus des personnes physiques.Alors fatalement un jour viendra où le coût total des prestations médicales réclamées par tous les patients dépassera le revenu total de la population. Il ne sera plus question de primes dépassant 10% du revenu, mais bien 100% du revenu ! Et cela, quels que soient les bricolages législatifs auxquels nous nous adonnerons entre-temps.
Nous avons une médecine luxueuse que tout le monde ne peut plus se payer. Or la santé n’est pas seulement une affaire de médecine, loin de là. La personne qui n’a pas les moyens de s’offrir des aliments de qualité, cultivés en bio, et doit se contenter de boîtes de conserve, accepte implicitement de sacrifier sa santé pour des raisons économiques. Celui qui choisit une voiture sans pouvoir se payer les airbags latéraux, accepte de mettre en jeu sa santé, voire sa vie, en cas d’accident. Celui qui ne peut pas s’acheter une maison à la campagne, au calme et à l’air pur, obligé de loger dans une banlieue bruyante et polluée, accepte de compromettre sa santé par manque de moyens. Tout cela est admis comme une sorte de fatalité, tout au plus légèrement gênante.Mais bizarrement, dès qu’il s’agit de prestations médicales, chacun exige les filets de perches bio, les airbags latéraux, la résidence idyllique.
… quelle horreur ! Comme si toute la société n’était pas à 2, 3 ,4… vitesses. Aucun système politique n’a jamais garanti aux pauvres une espérance de vie aussi élevée que celle des riches. Ce sont même les systèmes qui se voulaient égalitaires qui ont fini par déboucher sur les pires inégalités.Il faudra bien finir par admettre que nous ne pouvons pas exiger systématiquement de bénéficier des techniques médicales les plus sophistiquées, pour le moindre souci de santé. Or aujourd'hui, toute nouvelle technique médicale est immédiatement perçue comme une prestation légitimement exigible, cela afin de satisfaire un besoin qui certes n’existait pas auparavant, mais dont la moindre remise en question est désormais dénoncée comme une atteinte insupportable à un droit prétendument fondamental.Irréaliste !