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Preuve scientifique↺ 

Preuve absolue

Précisons tout d’abord que, dans le monde réel, l’idée d’une « preuve absolue » s’apparente à une illusion potentiellement dangereuse. (La preuve absolue, c’est-à-dire indiscutable, est possible en mathématiques, c'est-à-dire dans le cadre d’un monde artificiellement délimité par un ensemble d’axiomes).

La démarche

Dans le monde réel, « apporter une preuve » consiste en une démarche qui comportent deux étapes principales :

  1. Par différentes opérations matérielles et intellectuelles, réunir le maximum d'éléments qui paraissent pertinents en vue d'arriver à une conclusion.
  2. Définir un certain critère qui, appliqué au résultat de la première étape, permettra de décider si la preuve est établie ou non.

La preuve du crime

En droit pénal, la première étape consiste à instruire l’affaire, en réunissant des éléments matériels et circonstanciels, ainsi que des témoignages. Cette instruction sera éventuellement complétée par un débat (procès) et des expertises.
Quant au critère d’appréciation, la preuve est considérée comme établie lorsque les éléments apportés par la procédure suffisent à « emporter la conviction, au-delà de tout doute raisonnable ». Une jolie formule qui cependant ne dissimule pas le caractère subjectif du critère, chacun ayant sa propre définition de ce qui est raisonnable.
Notons qu’en exigeant une « preuve absolue » de culpabilité, on ne condamnerait jamais personne.

La preuve scientifique

En science, la procédure consiste d’abord à réunir un maximum d’observations, le plus souvent quantitatives (mesures) puis de traiter mathématiquement ou statistiquement ces résultats de mesures. Après quoi le critère habituel d’appréciation de la preuve porte sur la probabilité de « l’hypothèse nulle », autrement dit la probabilité pour que les résultats obtenus par l’observation ne soient pas dus au phénomène étudié.
Pour prendre un exemple concret, lorsque les chercheurs du CERN ont annoncé la découverte du boson de Higgs, ils ont précisé qu’il restait 6 chances sur 10 millions pour que les observations ne correspondent pas au boson de Higgs (hypothèse nulle).

L'efficacité médicale

En médecine, pour prouver par exemple l’efficacité d’un médicament, il est courant de créer deux groupes de patients, l’un des groupes recevant le médicament et l’autre un placébo. Au terme de cette procédure, le médicament sera considéré comme efficace, si la proportion de guérisons dans le groupe « médicament » est nettement plus élevée que dans le groupe « placébo ». Pour trancher objectivement, il s’agit d’évaluer la probabilité pour que cette différence entre les proportions de guérison soit due à un pur hasard et ne doive donc rien au médicament (hypothèse nulle). Habituellement, l’efficacité du médicament sera considérée comme démontrée si la probabilité de l’hypothèse nulle ne dépasse pas une chance sur 20. C’est un critère objectif mais néanmoins arbitraire.
En fixant un seuil moins restrictif, la preuve serait moins fiable. À l’inverse, un seuil plus restrictif réduirait le nombre de médicaments dont l’efficacité soit considérée comme prouvée. C’est donc un compromis entre d’une part la haute fiabilité attendue de la preuve, et d’autre part le besoin pratique de pouvoir se référer à une « preuve scientifique ».
Rappelons que la Loi fédérale sur l’assurance-maladie soumet le remboursement d’une prestation médicale à la preuve scientifique de son efficacité. En exigeant une « preuve absolue » d’efficacité, aucune prestation ne serait jamais remboursée.

 

Pierre Zweiacker          +41 (0)79 308 72 80          info@surprises.ch